Legacy Of « Black Designers »

Art Contemporain, couvFr

Le Musée de la Mode à la FIT (Fashion Institue of Technology) de New York vient d’apporter une contribution majeure au sujet du moment, la diversité dans le monde de la mode. Du 9 décembre 2016 au 16 mai 2017, se tiendra une exposition majeure intitulée  « The Black Designers ». Une sorte de titre provocateur pour une  exposition à voir absolument.

« Si les designers étaient comme noirs par les  journalistes, alors on ne parlerait plus de leurs vêtements « , explique Ariele Elia, co-commissaire de l’exposition, avec Elizabeth Way. Le terme « designer noir »  n’est le reflet que d’une minuscule facette de ce qu’ils sont . Le mot « noir » ne vous donne aucune indication  sur le travail du créateur. L’exposition est là pour donner une perspective différente. »

Par le passé il y a déjà eu des expositions consacrées à des créateurs de mode, tels que Stephen Burrows et Patrick Kelly, mais cette exposition explore les expériences de plusieurs générations de créateurs de mode afro-descendants des années 1950 à nos jours. Les conservateurs reconnaissent le problème de l’ethnisisation, comme s’impose comme un filtre au travers duquel on explorerait les créations de mode. Le journaliste de mode Robin Givhan a abordé les conséquences d’une telle catégorisation quand elle a écrit sur la collection printemps-été 2016 de  Pyer Moss créée par Kerby Jean-Raymond: «C’était un reflet étonnant et émotionnel de la fatigue de Jean-Raymond de se décrire comme un designer« noir ». Non pas parce qu’il n’est pas fier de son héritage et non parce qu’il ne porte pas son plein à son travail, mais parce que cette nomenclature est extrêmement réductrice ».

 

Ann Lowe, the African American fashion designer who overcame many obstacles in her life to become one of the most successful black designers in history

C’est parce que les créateurs noirs sont souvent méconnus et sous-représentés, qu’il ya beaucoup à apprendre de cette exposition. Apprendre sur leurs défis rencontrés  et comment leurs expériences a eu un impact sur l’ère du temps. Encore aujourd’hui, leur présentations ou défilés ne représentent seulement qu’un pour cent de ceux couverts par VogueRunway.com, le site en ligne le plus complet pour voir les collections des fashion week du monde entier.

Les créateurs noirs expriment leur art de façons tellement différentes qu’ils ne peuvent être considérés comme un tout homogène qui parlerait d’une seule voix.

L’exposition s’inspire exclusivement de la collection permanente du Musée du FIT et est organisée selon des catégories et des thèmes tels que les vêtements de soirée, les vêtements pour hommes, le style de rue, la mode expérimentale et les influences africaines.

 

Les créateurs de mode noirs ont commencé à gagner une certaine reconnaissance à la fin des années 1940, même si aux Etats Unis à l’époque sévissait encore la ségrégation raciale. Une partie de l’exposition est consacrée à ces couturiers noirs qui ont pu percer dans l’industrie comme les new-yorkaises Zelda Wynn Valdes et Ann Lowe, qui a créa de nombreuses robes sur mesure pour les femmes de la haute société américaines ou encore des célébrités. Ann Lowe fut celle à qui Jacqueline Bouvier confia le délicat travail de la conception de sa robe de mariée lorsqu’elle épousa John F. Kennedy .

Cette génération de créateurs incarnent l’époque charnière de la fin du XIXe siècles où l’on passa de la conception d’ artisan couturiers qui englobait de nombreux noirs dont les noms furent oubliés, à la notion de grands couturiers.

Des créateurs tels que Arthur McGee, Wesley Tann et Jon Weston travaillaient pour les fabricants de New York puis créèrent leur propre marque. Jon Weston, un diplômé du FIT, démarra sa société de prêt-à-porter au milieu des années 1960, déclarant: « J’étais allé aussi loin que j’ai pu sur la Septième Avenue; Je n’avançais plus ».

Plus tard dans les années 1970, comme Willi Smith le rappela plus tard, « la lumière fut projetée sur ces designers en raison de leur couleur ». En effet, la presse de mode mettait à point d’honneur à leur donner de la visibilité et à parler d’eux.  Ce fut le cas notamment pour Stephen Burrows et Scott Barrie, qui sont devenus célèbres pour leurs styles body-conscious.  « Quand le battage médiatique fut terminé, les gens ont cru qu’il n’y avait plus de couturiers noirs. D’une certaine manière, ce fut une bénédiction, car nous avons pu à nouveau nous concentrer sur notre art, la création » confesse Willi Smith

La visibilité des mannequins noirs augmenta elle aussi. Des événements tels que le Salon annuel de la mode du magazine Ebony y contribua beaucoup, tandis que les performances des modèles africains-américains lors du défilé de mode voulu par Yves Saint Laurent lors de la « Bataille de Versailles » de 1973 en France attira l’attention internationale.

Les couturiers noirs s’inspirent de nombreuses sources, mais ne traitent pas nécessairement de questions raciales dans leur travail. Eric Gaskins, qui fit ses classes auprès du couturier Hubert de Givenchy, crée des vêtements de soirée dans la tradition de la haute couture française. Sa robe blanche et noire exposée au musée s’inspire des oeuvres de Franz Klein. Le duo père-fils de Casely-Hayford intègre des éléments d’anarchie dans la confection britannique traditionnelle pour créer une esthétique masculine moderne.

L’héritage africain ou afro-descendant est très présent dans le travail d’autres concepteurs présentés à l’exposition. Le créateur américain basé à Paris Patrick Kelly, en est le parfait exemple. Il s’est inspiré de ses racines américaines du Sud. Les boutons colorés sur sa robe en tricot font référence aux boutons disparates que sa grand-mère utilisait pour réparer les vêtements de sa famille. Duro Olowu, un designer nigérian-jamaïcain basé à Londres, s’appuie sur de multiples perspectives culturelles et met l’accent sur le rôle historique de l’Afrique dans la production culturelle et le commerce international.

Une section de l’exposition consacrée à l’activisme s’attarde sur les créations engagées politiquement. Par exemple, une image de couverture du magazine anti-apartheid Drum orne un ensemble du designer sud-africain Nkhensani Nkosi de Stoned Cherrie. Un ensemble créé par Kerby Jean-Raymond s’inspire de Ota Benga, un Africain qui fut enfermé en cage à la Monkey House du zoo du Bronx au XIXe, exprime la frustration de Jean-Raymond d’être étiqueté non seulement un designer noir, mais aussi comme noir. Malgré les progrès au cours des 50 dernières années, l’industrie de la mode n’est pas aussi accueillante que nous pourrions l’imaginer . Cependant, la valeur de la diversité est de plus en plus reconnue. Les concepteurs noirs apportent des perspectives alternatives à la mode qui la rendent plus créative, plus inclusive et plus variée à la fois comme une forme d’art et une industrie.

 

Black Fashion Designers is organized by Ariele Elia, assistant curator of Costume and Textiles, and Elizabeth Way, curatorial assistant, The Museum at FIT.


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Déc. 12, 2016

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